Il y a quelques jours, l’amoureuse m’a offert un nouveau jouet (un Pentax 67, pour les curieux), chargé d’une vieille pellicule allemande (une Orwo NP15, à 25 iso, périmée depuis 1993…). L’occasion pour moi de tester l’appareil, les déclencheurs souples que j’ai récemment acheté ET le caffenol, autrement dit, le développement à base de café. :)

Pour les ingrédients, c’est pas très compliqué. En vrac, il faut 30gr de cristaux de soude, 30gr de café soluble, un cachet de vitamine C et de l’eau (et du fixateur). Je vous ferai pas de tuto ici, on en trouve déjà plein en cherchant un peu sur le net. J’ai pour ma part suivi celui proposé par Luc Sarlet qui est simple et bien détaillé, et je dois avouer que j’étais comme un gamin avec mes cristaux de soude, mon café et ma vitamine C. Le développement dure plus d’une heure, ce qui est à la fois un inconvénient (ça prend une heure) et un avantage (on n’est pas à la minute près, les erreurs de timing n’ont pas vraiment d’importance, alors qu’un écart de 30 secondes sur un développement de quelques minutes peut s’avérer fâcheux).

Les images sont … surprenantes. Des tâches apparaissent sur le négatif, probablement à cause d’une dilution incomplète des cristaux de soude dans mon caffenol. Peut-être aussi parce que la pellicule est très vieille et n’a pas forcément été toujours bien conservée. Toujours est-il que ça me plaît beaucoup, et que malgré la durée nécessaire à chaque développement, je pense que le caffenol sera désormais le seul révélateur que j’utiliserai vraiment. Même si à l’heure où j’écris ces lignes, deux pellicules développées avec un révélateur à base de bière (de la 1664 !) sont en train de sécher dans la salle de bains. Spoiler, le résultat est beaucoup moins probant.

Bref, je vous laisse avec quelques images, cuisinées donc avec un Pentax 67, une Orwo NP15 et du caffenol.

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La photo me lasse de plus en plus. La mienne, celle des autres, la photographie, au sens le plus large.

Je ne produis plus -je mets ça sur le dos d’un manque de temps mais je sais que d’autres raisons prévalent- et ça m’épuise. Peut-être parce que j’emmagasine des choses que j’avais pris l’habitude de laisser s’échapper en photo. Depuis quelques semaines, les photographes adeptes du numérique autour de moi se décident à franchir le pas vers l’argentique, de plus en plus souvent en décidant de sauter le 24*36 pour aller immédiatement marcher dans le jardin du moyen format, et ça m’exaspère. Certains -peut-être même tous- en sont probablement là dans le cheminement de leur pratique, mais cette impression de mode et de « je dois essayer ce que fait mon voisin » me fatigue et me donne envie de fuir. Alors que je me plais depuis des années à revendiquer le moyen-format comme outil argentique complet, à la fois extrêmement rigoureux et tout à fait accessible. Et me voilà donc à regarder tous les jours les pellicules qui patientent au frigo et les boîtiers qui m’attendent sur les étagères, avec une envie grandissante de les laisser posés là, probablement pour un bon moment.

Comme mon passage à l’argentique à été motivé par le besoin de manipuler mon support photographique, cette nouvelle étape suit un besoin toujours plus envahissant de créer du tangible. Les idées fusent, certaines, une en particuliers, s’arrêtent un peu plus longtemps. Au point de me démanger. Mais je suis un trouillard, j’hésite, j’ai besoin d’être sûr, j’ai peur, je me décide puis me ravise, j’évolue lentement. Alors l’idée est là, endormie mais bientôt dévorante. Les détails techniques se mettent en place déjà, les uns après les autres, dans ma tête. Les dimensions, le comment, le comment montrer.

Cet accouchement prend du temps car c’est un travail sur moi avant d’être un travail sur l’oeuvre. C’est un travail sur le lâcher-prise et sur l’abandon de la sécurité, sur le nouveau, sur le sacré et le commun, sur la pratique et l’évolution, sur … tout à la fois. C’est long, c’est vaste, et j’ai peur de ne pas me plaire dans ce travail sur et pour moi.

Bon, la photo n’est peut-être pas tout à fait derrière moi pour autant, j’ai encore des choses à essayer, des techniques et des outils à tenter et à tenter de m’approprier, mais je crois que ce n’est pas un hasard si je suis en veille.